Il faut sauver le soldat Chossat

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Après les dépositions de deux magistrats au procès du repenti Claude Chossat, la question se pose crûment : la France souhaite-t-elle lutter efficacement contre les mafias ?

                Claude Chossat est inquiet. Il ignore toujours si le plateau de la balance va pencher du bon ou du mauvais côté devant la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône. Lui qui fut l’homme à tout faire du sanguinaire Francis Mariani a pourtant reçu le 30 octobre l’appui d’alliés de poids dans ce procès où il est poursuivi pour « assassinat » sur la personne de Richard Casanova.

                Successivement Guillaume Cotelle et Claude Coquet – deux des magistrats témoins dans mon livre « Juges en Corse » – sont venus apporter par le biais d’une audition en visio-conférence des éclaircissements sur le rôle de l’accusé dans la compréhension du crime organisé dans l’île de beauté et dans le décodage de plusieurs dossiers criminels. Claude Choquet notamment, en sa qualité d’ancien coordonnateur de la Juridiction Interrégionale Spécialisée de Marseille, a posé deux axiomes essentiels : le premier, Chossat, bien que ne bénéficiant pas officiellement du statut de repenti, est un véritable collaborateur de justice.   A ce titre son apport mérite d’être reconnu. Le second est plus signifiant encore : le témoin estime que Claude Chossat n’a pu de lui-même prendre l’initiative d’abattre Richard Casanova le jour des faits. Ce qui semble une évidence tant Francis Mariani exerçait d’emprise psychologique sur l’accusé.

Le magistrat n’a pas manqué d’insister sur les enjeux sous-jacents du procès Chossat : cette irrémédiable dérive mafieuse qui mine l’île de beauté et détruit sa jeunesse. D’enjeu il en est un autre, celui de l’avenir du statut de repenti en France.  Chossat condamné, c’est l’assurance de voir reculer de plusieurs décennies la lutte contre les mafias.

                Les relais médiatiques de ces dépositions très fortes ont été disons-le, médiocres, qu’il s’agisse d’un grand journal du soir ou du quotidien « Corse-Matin » qui a préféré « angler » son récit, comme on dit dans notre jargon, sur la déposition incolore d’une proche de Richard Casanova. L’information peut parfois se muer en désinformation… Une exception, tout de même, « La Provence », seul media à mesurer l’importance de l’évènement.

Il est clair qu’aujourd’hui Chossat dérange car il place le projecteur sur le fonctionnement même du statut de repenti en France, un statut bâtard qui, rappelons-le, exclut de son champ d’application les personnes impliquées dans un crime de sang …

                Soldat perdu du crime organisé, repenti sans statut, Chossat joue gros devant la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône. L’espoir d’une vie nouvelle loin des odeurs putrides des cadavres de la Brise de Mer, une vie à reconstruire avec sa femme et ses deux filles ou l’enfer d’un retour en prison si d’aventure sa culpabilité est retenue par le jury populaire.   Voilà d’ailleurs l’un des autres maux de la justice française face au crime organisé : l’absence de juridictions spécialisées formées de magistrats professionnels pour juger ces affaires de crime organisé.

 Qu’auront compris ces jurés de la Cour d‘assises, magistrats d’un jour, de l’histoire de Claude Chossat ?

                Pas grand-chose, et c’est sans doute la principale crainte de Claude Choquet : que ce héros malgré lui ne soit pas compris.

Il aura tout fait en revanche, lui, pour sauver le soldat Chossat.

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