Pour avoir aidé la justice à démasquer la mafia Corse Claude Chossat pensait bénéficier de protections et du statut de repenti. Mais la justice en a décidé autrement.

Claude Chossat est sous pression. Et pourtant, c’est un homme qui ne manque pas de courage qui se présentera le 28 octobre prochain devant la Cour d’Assises du Rhône pour un procès exceptionnel. La Cour statue sur l’assassinat en 2008 de Richard Casanova, l’un des barons de la célèbre équipe bastiaise de la Brise de Mer.

Chossat comparait en sa qualité de garde du corps de Francis Mariani, autre figure de cette mafia Corse décédé depuis et grand rival de Casanova. Cette mafia insulaire fait les délices ces derniers temps des médias parisiens alertés par le mouvement de plus en plus mobilisateur qui sort comme un cri des entrailles de cette île millénaire. Ce courant antimafia rassemble de simples citoyens et représentants de la société civile révoltés devant l’emprise de plus en plus forte des organisations criminelles sur la vie de l’île. Deux collectifs sont ainsi apparus en septembre à la suite de l’assassinat d’un militant nationaliste de Cargèse, Maxime Susini.

En 2009, quand Claude Chossat décide de collaborer avec la justice, la mafia Corse demeure une sorte de fantasme périodiquement évoqué dans quelques récits complaisants. Cet homme jeune caresse alors l’espoir de bénéficier d’un statut de coopérateur de justice susceptible de le mettre à l’abri d’une trop grande sévérité judiciaire et de lui permettre d’amorcer une nouvelle vie. Mais las, dix ans plus tard à l’heure de comparaitre devant la Cour d’assises pour complicité d’assassinat, celui qui est présenté comme le premier repenti de la mafia Corse ne bénéficie pas du précieux statut. C’est en quelque sorte un accusé comme les autres qui a le sentiment de se jeter dans la gueule du loup en pénétrant dans le Palais de justice d’Aix-en-Provence, ville où la mafia Corse a depuis longtemps droit de cité. Autant noyer une brebis dans un marécage rempli de crocodiles…. Aucune protection officielle n’est en effet accordée à celui qui comparait libre pour sa participation supposée à l’assassinat de Richard Casanova à Porto-Vecchio. De surcroit le repenti a vu sa demande de délocalisation du procès rejetée.

C’est, disons-le, d’une cruelle incohérence, tant Chossat a apporté de clefs dans la compréhension du fonctionnement de la mafia Corse. En confidence des magistrats spécialisés lui rendent hommage.  Ils ne cachent pas leur amertume devant le refus signifié à l’intéressé de bénéficier du protecteur statut. Chossat a notamment contribué à résoudre nombre de dossiers confiées à la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille) et à saisir des millions d’euros d’avoirs criminels.

Pour comprendre cette situation ubuesque, il convient de revenir en arrière. La loi dite Perben II promulguée en 2004 créée le statut de coopérateur de justice pour mieux lutter contre le crime organisé à l’image de ce qui se passe en Italie ou aux Etats-Unis. En 2009 Claude Chossat qui s’est détaché de Francis Mariani est interpellé dans le cadre d’une affaire impliquant son ancien mentor. Il décide de parler devant les policiers et obtient de deux magistrats de la JIRS de Marseille l’assurance qui bénéficiera du dispositif. En 2014 celui qui organise lui-même sa protection et celle de sa famille pense voir le bout du chemin avec la promulgation fort tardive des décrets d’application qui mettent réellement en place le statut de repenti (protection, changement d’identité etc…). Mais sa demande appuyée par un magistrat de la JIRS de Marseille deux ans plus tard n’aboutira jamais, contrairement à celle récemment du dénommé Patrick Giovannoni dans un procès impliquant la célèbre bande du Petit Bar d’Ajaccio. Ce dernier s’est vu infligé une condamnation de principe pour son implication dans l’assassinat en 2010 d’Antoine Nivaggioni.

En sera-t-il de même pour Claude Chossat ? Il est clair qu’une querelle entre magistrats est à l’origine de sa fort précaire situation. Il est tout aussi évident que de ne pas protéger Chossat ne va guère persuadé les membres d’organisations criminelles de collaborer à l’avenir avec la justice. Le prix à payer est parfois lourd, à l’image de celui versé pour  Giovanni Brusca, l’un des plus célèbres repenti italien membre de Cosa Nostra. L’homme qui a appuyé sur la bombe qui a tué le juge Giovanni Falcone est à l’origine de pas moins de 200 assassinats. Il sera pourtant placé prochainement en liberté surveillée après 20 ans de détention, ce qui soulève la colère des familles endeuillées. La justice italienne passe donc partiellement l’éponge sur le sang versé. Mais séparer le bon grain de l’ivraie valait la peine, le lieutenant de Toto Riina livrant d’utiles renseignements sur l’organisation.

Alors pourquoi Chossat –  qui au passage n’a rien de commun avec le sauvage Brusca – se retrouve-t-il ainsi livré à lui-même ?.

L’association Crim ‘Halt qui se porte à son secours réclame haut et fort l’application d’un statut de repenti élargi. La France doit combler son retard au risque de ne pouvoir lutter efficacement contre les mafias qui constituent à long terme une menace bien plus grave que le terrorisme, comme le soulignait récemment l’organisation Europol.   

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