AFFAIRE YANN PIAT

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L’homme qui tua François Léotard

Dans un documentaire diffusé par France 2 le 18 mars, l’ancien Ministre de la défense François Léotard accuse clairement Jacques Chirac d’avoir tiré les ficelles du livre « l’Affaire Yann Piat » à l’origine de son retrait de la vie politique. Co-auteur de cet ouvrage, je vous livre certaines clés de cette affaire d’état.
On ne l’avait plus entendu depuis des lustres, cloitré comme un moine bénédictin, ce qui n’était pas une surprise, en ce qui concerne cet ancien séminariste qui aura quelques difficultés à convaincre qu’il fut un enfant de Marie.

Dans un documentaire diffusé le 18 mars dans l’émission le « 13H15 » de Laurent Delahousse, François Léotard apparait amaigri et un brin palot pour pointer du doigt son « bourreau » en la personne de Jacques Chirac alors Président de la République.
Nous sommes en octobre 1997. Dans un livre brulot co-écrit avec André Rougeot du Canard Enchainé nous livrons les dessous de l’assassinat, le 25 février 1994, de la députée de la 3ème circonscription d’Hyères, Yann Piat. Officiellement la bande dite du « Macama » du nom d’un bar du port d’Hyères, aurait assassiné la députée sous le commandement du cafetier Gérard Finale. Une version très a minima visant à mettre en exergue le conflit patent opposant Yann Piat au parrain du Var, Jean-Louis Fargette.

Grace aux informations communiquées au Canard Enchainé, largement publiées dans les colonnes de l’hebdomadaire satirique, nous livrons une autre vision de ce dossier judiciaire au travers d’une piste politico-mafieuse impliquant des personnalités politiques désignées sous les sobriquets de « L’Encornet et Trottinette ». Des connexions avec la mort très suspecte en mai 1994 des frères Saincené sont par ailleurs évoquées.

Pour des raisons qui demeurent floues, François Léotard va rapidement s’autodésigner comme « L’Encornet ». Il s’appuiera par la suite, avec une certaine perversité, sur une campagne de presse bien instrumentalisée pour obtenir successivement la censure de l’ouvrage et la condamnation des auteurs en diffamation. L’affaire de presse devient une affaire d’état qui tourne autour de la cession de terrain militaires dans le Var dans cette période trouble des années 90. Rappelons que François Léotard occupera durant deux années le poste de Ministre de la défense dans le gouvernement Balladur.

Longtemps, François Léotard plaidera le délire de journalistes en mal de scoop pour décrédibiliser l’ouvrage. Mais voilà que plus de 20 ans après « Léo » fait une sorte de coming-out en pointant du doigt l’auteur de ses tourments : Jacques Chirac lui-même. Un complot politique en somme, qui occasionne une rencontre pesante entre Chirac, François Léotard et Jean-Claude Gaudin au Fort de Brégançon, lieu de villégiature bien connu des Présidents de la Vème République. Jean-Claude Gaudin lui, n’avait guère envie d’être désigné comme le fameux « Trottinette ». A l’époque le RPR livre une guerre sans merci à l’UDF pour le contrôle du « deep south ».

Pourquoi Chirac tenait-il tant à abattre Léotard ? C’est ce que devrait nous apprendre ce documentaire qui, au demeurant, n’a pas cru nécessaire de m’interviewer. J’apparais donc tel un fantôme en silhouette dans un étonnant brouillard.

Vous n’entendrez donc qu’un son de cloche, celui du seul homme politique français condamné à ce jour pour « blanchiment » dans l’affaire dite du Fondo, une banque franco- italienne intervenue dans le financement du Parti Républicain. Mais c’est Léotard qui l’affirme en octobre 1997 : il ne s’est jamais rendu en Italie….

Je vous avoue que je suis un peu déçu. Moi qui pensais être « l’homme qui tua François Léotard » je n’ai jamais tiré le coup mortel. Souvenez-vous dans le film de John Ford : « L’homme qui tua Liberty Valance », premier et sans doute unique western politique, James Stewart devenu Sénateur après avoir été journaliste, est persuadé d’avoir tué l’infâme Lee Marvin qui l’avait fouetté jusqu’au sang. Il sera célébré en héros.

Mais de mémoire ce n’est point James Stewart, mais John Wayne, tapi dans l’ombre, qui porte le tir fatal. John Wayne alias Jacques Chirac, l’homme qui tua François Léotard, si l’on en croit la victime supposée… En quelque sorte, une seconde équipe, comme cela fut évoqué maintes fois dans l’assassinat de Yann Piat.

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