Corse :   les mafieux veulent leur part du gâteau

0
721

 

La mafia Corse reprend du service.
Et l’arrestation de Jacques Mariani quelques jours après la spectaculaire victoire de nationalistes aux élections territoriales nous rappelle que le grand banditisme a plus que jamais droit de cité sur l’île de beauté.

On avait tendance à les oublier. Depuis quelques mois, les détonations de Kalachnikov, Glock et autres fusils de chasse à canon scié avait laissé la place à un étranger silence des mafieux, observateurs très attentifs de l’évolution politique en Corse.

Mais le vent de la vendetta soufflait décidément trop fort quand, entre les deux tours des élections territoriales, Antoine Quilichini dit « Tony le Boucher » et Jean-Luc Codaccioni tombaient sous les balles de tueurs à l’aéroport de Bastia Poretta.

Quilichini, Codaccioni, ces deux individus fortement connus des services de police sont soupçonnés d’avoir participé depuis des années 2008 à toutes une série de règlements de comptes ayant touché des membres du grand banditisme au nord et au sud de l’île. Jean-Luc Germani est présenté comme le Fer de lance supposé de cette tuerie. Il est le beau-frère d’un certain Richard Casanova présenté comme une figure dissidente de la célèbre équipe de la Brise de Mer assassiné » dans cette année charnière de 2008.

Brise de mer  ( du nom d’un bar du port de Bastia), le mot fait fantasmer les journalistes parisiens. Il glace le sang dans les rues de Bastia et d’Ajaccio. Ou plutôt il glaçait, car pratiquement tous les cadres de cette équipe mythique de gangsters reposent désormais six pieds sous terre, notamment le principal ennemi de Casanova, Francis Mariani. Casanova lui-même fut préalablement « nettoyé » à la sortie de la concession Volkswagen de Porto-Vecchio par …. Francis Mariani.

Après les pères, désormais « ad patres », il y a les fils qui reprennent les rênes souvent avec une tout aussi implacable sauvagerie. Les observateurs n’ont pas manqué de faire le rapprochement avec la récente sortie de prison de Jacques Mariani fils de Francis. Mais ce dernier n’aura pas goûté longtemps à une liberté très surveillée, puisqu’il fut interpellé voici quelques jours à la Baule nanti d’un bracelet électronique. A peine le pied dehors, ce dernier aurait repris ses activités de racket sur plusieurs commerçants et chefs d’entreprise de la région de Bastia. Histoire de ne pas perdre la main.

Au-delà des chants de victoire nationalistes, cette remontée en puissance de la mafia Corse est jugée extrêmement inquiétante, tout autant que ce passage de témoin à ces jeunes loups qui commencent « à taper aux portes » selon l’expression d’un magistrat spécialisé. Dans un récent ouvrage le repenti Claude Chossat[1] décrit fort bien l’intérêt de son ex-patron Francis Mariani pour les marchés publics. On imagine que les « fils de » n’ont pas changé de philosophie avec la perspective d’un nouveau statut d’autonomie très alléchant : transfert de financement et de pouvoir de décision à la clef.  Les appétits s’aiguisent.

Rappelons qu’en Sicile Cosa Nostra fut l’un des principaux soutiens à l’autonomie de l’île avec les résultats que l’on connait : captation des marchés de la santé, de l’environnement ou de la formation. Si l’on n’y prend garde la Corse pourrait prendre le même chemin.

[1] « Repenti » Claude Chossat. Fayard. 263

PARTAGER
article précédentMonaco Confidential
article suivantAFFAIRE YANN PIAT

Laisser une réponse