Monaco Confidential

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Ambiance à la James Ellroy sur le Rocher. Soupçon de trafic d’influence, voire de corruption, frappant la police et la justice. Au cœur de l’histoire, le puissant patron du club de foot de l’ASM, Dmitri Rybolovlev.

 

C’est une histoire digne d’un roman d’espionnage qui est à la l’origine de la spectaculaire démission mi-septembre du directeur des services judiciaires de Monaco, Philippe Narmino. On aurait pu croire l’affaire rapidement éteinte après un brasier parti trop vite, comme ce fut fréquemment le cas par le passé.

Qui se soucie en effet de ce qui peut bien se passer dans la petite principauté à l’heure des attentats et des mouvements sociaux ? Sauf que l’affaire prend une résonnance internationale avec la mise en cause de l’avocate du puissant patron de l’ASM Dmitri Rybolovlev. « Rybo » comme on le surnomme sur le rocher est depuis son arrivée à la tête du club de foot de l’ASM considéré comme l’une des plaques tournantes des plus juteux transferts de joueurs de ces dernières années.  Dernier en date : celui du talentueux Mbappé pour 180 millions d’euros au PSG.

Pourtant, si le ballon roule plutôt bien sur la pelouse du stade Louis II, rien ne va plus pour le russe désormais soupçonné d’avoir, via son avocate Tetiana Bersheda, détourné une enquête à son profit, au point de provoquer la chute retentissante de la plus haute personnalité judiciaire de la place. Ce qui était inconcevable voici quelques mois.

Flash-back : février 2015 un certain Yves Bouvier, transporteur et marchand d’art Suisse de son état est interpellé aux portes de la Belle Epoque, un somptueux immeuble surplombant le Port Hercules. Bouvier aidé d’une intermédiaire, une certaine Tania Rappo par ailleurs résidente monégasque, a permis à Rybolovlev de constituer en dix ans  la plus grande collection d’art privé au monde :  Degas, Picasso,  Modigliani et même un Léonard de Vinci,  rien ne manque dans cette galerie unique à laquelle aucun public ne pourra jamais accédé. Il y en a là pour 2 milliards d’euros. Mais ce jour-là Rybolovlev se fait grincheux en refusant d’honorer le solde du prix d’une toile de Rothko, d’où la présence du Suisse sur le Rocher.

J’ai abondamment écrit sur cette affaire au retentissement international qui a beaucoup secoué le monde de l’art. Une âpre bataille judiciaire relatée dans les colonnes de la « Tribune de Genève » qui aboutit à la mise en examen d’Yves Bouvier pour « blanchiment » et complicité « d’escroquerie ». ( N’hésitez à plonger sur le site du quotidien Suisse  pour reprendre la chronologie des évènements et accéder à mes articles ).

Cette mise en scène n’est-elle qu’un château de carte judiciaire destiné à s’écrouler après les révélations sur les liens très (trop ?) étroits entretenus par Tetiana Bersheda avec les policiers de la Sureté publique chargés de l’enquête ? Des SMS plutôt intimes sont échangés notamment avec Christophe Haget, l’un des patrons de la police désormais en arrêt maladie. Ce commissaire français ferait désormais l’objet d’une procédure disciplinaire devant la Cour d’appel en compagnie de l’enquêteur Frédéric Fusari.

Certains SMS sèment clairement le trouble sur la sérénité de la procédure. Ainsi le 2 mars 2015 Tetiana Bersheda adresse à Christophe Haget le message suivant : « Bonjour, j’espère que vous avez passé un bon week-end. Serez-vous au bureau aujourd’hui ? DR (NDLR, Dmitri Rybolovlev) voudrait passer vous voir pour faire le point et discuter de la suite avant son départ demain de MC (Monaco) pour une semaine. Merci d’avance. Amitiés, Tetiana ». Un plaignant « vient faire un point » sur un dossier avec des enquêteurs censés agir en totale impartialité ?

D’autres SMS échangés avec Philippe Narmino à la suite d’un week-end passé par ce dernier en Suisse dans le chalet de Rybolovlev achèvent de jeter le discrédit sur l’enquête. Le séjour du patron de la justice précédait en effet de seulement quelques jours l’arrestation de Bouvier à Monaco….

Du coup c’est un peu « sauve qui peut » sur le Rocher. Le Prince Albert n’hésite pas à évoquer dans les colonnes de Monaco-Matin « l’affaire Rybolovlev », une affaire qui n’est pas sans rappeler un précédent, le tonitruant départ d’Aristote Onassis qui pensait mettre la main sur le petit royaume alors dirigé par Rainier III.

Les russes à Monaco seraient-ils devenus indésirables ? L’arrivée prochaine sur le bureau du juge d’instruction Morgan Reymond d’une nouvelle expertise de 50.000 messages émis par le portable de la fameuse avocate pourrait sonner le glas pour l’oligarque qui semblait jusque-là intouchable.  Pour l’heure le russe s’accroche, même s’il laisse entendre dans la presse slave que si l’on continue à lui chercher des noises, il n’hésitera pas à hisser les voiles vers d’autres destinations.

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