CRASH DE LA CARAVELLE AJACCIO-NICE: Le document qui accuse

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Le crash le 11 septembre 1968 de la caravelle Ajaccio-Nice demeure un mystère. Alors qu’enfin le secret-défense pourrait être levé sur cette affaire, nous révélons pour la première fois pour les lecteurs de blog-investigation.fr. Le contenu explosif d’une lettre rédigée par Jean Dupont, l’un des membres de la commission d’enquête. Un document exclusif.

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                Presque 50 ans après le drame, le crash de la caravelle Ajaccio-Nice pourrait enfin être éclairci. C’est du moins la conviction de Paul Sollacaro, l’avocat des familles qui, chaque année viennent se recueillir le 11 septembre lors d’une émouvante cérémonie au cimetière d’Ajaccio. Le crash qui a fit 96 victimes fut dans un premier temps considéré par la justice comme un simple accident. Un feu aurait pris dans la partie arrière de l’appareil en raison d’un dysfonctionnement du chauffe-eau des toilettes. Mais comme je l’avais démontré dans un ouvrage-enquête paru en 2008[1], d’autres causes étaient beaucoup plus probables, notamment le tir accidentel d’un missile venu percuter l’appareil lors de sa descente sur l’aéroport de Nice.

La désignation en 2015 d’un nouveau juge d’instruction, Alain Chemama allié au travail méticuleux des gendarmes de la Brigade de recherche de Nice, devraient déboucher dans les prochaines semaines sur le dépôt d’une requête aux fins de déclassification de documents relevant du secret défense. Il est en effet établi que des exercices militaires se sont bien déroulés dans la zone de passage de la caravelle le jour de la catastrophe. Depuis cette date tragique, les familles n’ont pu obtenir la communication de documents « top secret ».

Le malaise qui entoure cette affaire n’est pas nouveau. Le premier à avoir réellement tiré la sonnette d’alarme – et nous l’avons appris 40 ans après la catastrophe –   s’appelle Jean Dupont. Ce pilote de ligne est membre de la commission d’enquête désignée quelques jours après le crash. C’est un homme inquiet qui couche ses réflexions sur le papier à lettre de l’hôtel Park Sheraton de New-york. Celui qui tarde à trouver le sommeil relève pas moins de huit anomalies. Une lettre qu’il conclut comme une sorte de testament dans le cas où les choses tourneraient mal. Je précise que cette lettre m’a été remise après la publication de l’ouvrage co-écrit avec Max Clanet.

La conclusion de la missive de 12 pages est glaçante : « En conséquence le tiens à prendre mes précautions : la raison d’état justifie tous les crimes. S’il m’arrivait avant que cette affaire ne soit éclaircie

  • Le moindre accident
  • La moindre maladie

Il faudrait rechercher les responsables parmi les autorités militaires et gouvernementales. »

 

La raison d’état excuse tous les crimes ! Jean Dupont est un homme qui a peur, ce qui est étonnant pour un commandant de bord d’Air France en exercice occupant par ailleurs de hautes fonctions de « pilote inspecteur ». Un homme censé avoir des nerfs d’acier. Un climat pesant semble donc avoir entouré son travail au sein de la commission d’enquête.

Cette lettre est non datée mais rédigée vraisemblablement en juillet 1970 lors d’une escale à New-York d’après le témoignage du fils de l’intéressé. C’est en quelque sorte le « j’accuse » d’un homme honnête qui ne supporte pas la conduite de la mission d’enquête.

Son premier étonnement fut celui de ne pouvoir obtenir aisément du centre de contrôle de l’aviation civile d’Aix-en-Provence le film de l’écran radar du 11 septembre. Il lui fut répondu une première fois que le film n’existait pas, puis quatre mois plus tard qu’il… existe bien. Il fut in fine remis à la commission.

L’expert s’inquiète en outre de dysfonctionnements lors de la campagne de repêchage des débris. J.D. explique avoir déterminé très précisément une zone de chute théorique de l’appareil dont les débris reposent par 2300 mètres de fond : « dès les premières opérations de chalutage on ne tient absolument pas compte de ma zone de chute théorique mais seulement de celle donnée par le commandant du bâteau Ardent (escorteur de la marine militaire) qui avait participé et même dirigé le repêchage des épaves en surface le jour de l’accident. Il parait surprenant que les officiers de pont de la marine militaire fassent une erreur grossière de navigation à 20 miles de la côte ». En d’autres termes, on a cherché les débris (volontairement ou non) au mauvais endroit.

On apprend qu’à la suite d’un repérage aérien méticuleux effectué aux commandes d’une Caravelle, Jean Dupont aurait dessiné une zone très précise de repêchage. Ces coordonnées n’ont été prises ne compte qu’à la toute fin de la 3ème campagne de repêchage en mars 1969.  C’est d’ailleurs en pénétrant dans cette zone que les premiers débris de la Caravelle « FBOHB » sont enfin repêchés.

Mais il est bien tard le navire câblier utilisé dans l’opération dû appareiller sur une autre mission. Seulement 2,5 tonnes de débris, soit 10% de la masse de l’avion sont remontés… Si l’on en croit Jean Dupont, les autorités ont donc tout fait pour retarder la récupération de débris.  Pour quelles obscures motivations ?

Plus grave encore, l’expert déplore dans que dans le rapport final de la commission d’enquête : « aucune de mes suggestions n‘avaient été retenues ». Ce qui lui parait beaucoup plus grave concerne des corrections opérées dans le chapitre concernant l’hypothèse de la collision avec un missile. Celui-ci aurait été « complètement modifié ». Jean Dupont tenait à ce que figure dans le rapport final, l’idée que l’hypothèse était écartée du fait que « les autorités militaires consultées avaient déclaré ne pas avoir effectué de tir le jour de l’accident dans la région concernée ».

Or cette précieuse mention qui mettait en cause la crédibilité de l’armée disparait au grand dam de l’expert qui s’en indigne : « je me demande si le président de la commission d’enquête n’est pas l’objet de pressions » écrit-il avant de livrer sa troublante conclusion sur la « raison d’état ».

On le voit l’affaire de la caravelle Ajaccio-Nice est loin d’être terminée. Au fil des ans, plusieurs témoins sont sortis de l’ombre pour étayer la thèse du tir de missile. Il apparait clairement qu’un élément étranger à la structure de l’appareil est bien à l’origine de la catastrophe.

 

[1] Secret d’Etat. Max Clanet et Jean-Michel Verne.  Ed Ramsay 2008.

 

 

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