BONIFACIO – Main basse sur les falaises

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    Un proche de Macron qui construit sans permis, des People en guerre avec les écologistes, la perle de l’extrême-sud est devenue le symbole de la spéculation immobilière effrénée qui touche l’île de beauté.

     Bonifacio. La petite perle de l’extrême-sud de la Corse est sous pression immobilière constante, souvent au mépris des lois d’urbanisme. Pour les écologistes lancés depuis des années dans un combat harassant contre ces villas luxueuses qui s’érigent dans des sites remarquables, la plage de la Rondinara est devenue le symbole de cette lutte contre le clientélisme, le copinage et la puissance de l’argent roi.

    C’est tout du moins le discours renouvelé par les manifestants le 13 août aux portes des deux villas érigées par Pierre Ferracci, un homme d’affaires d’origine corse proche d’Emmanuel Macron. Son propre fils, Marc fut le conseiller économique du candidat durant la campagne. Mais Pierre Ferracci est également proche de l’actuel maire Jean-Charles Orsucci, lui-même principal soutien de Macron durant la campagne en Corse… « Tout est dans tout et réciproquement » dirait le très regretté Pierre Dac.

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    (source: http://www.corsenetinfos.corsica/A-Rondinara-Pas-de-demolition-mais-une-amende-d-un-million-d-euros-pour-Pierre-Ferracci-_a19626.html)

    Dans une sorte d’imbroglio juridique, Pierre Ferracci est parvenu à construire en 2012 et 2013 deux villas dans ce site remarquable sans disposer d’un permis de construire valide. La grande question demeure la passivité de la municipalité dans cette affaire. Une passivité que le maire Jean-Charles Orsucci explique lui-même par l’amitié qui le lie à Pierre Ferracci ( ?).

    Les écologistes regroupés autour de deux associations dénoncent le traitement judiciaire de cette affaire. La Cour d’appel de Bastia a en effet décidé début juillet de ne pas procéder à la destruction des deux villas édifiées en violation caractérisée des règles d’urbanisme, mais de condamner Pierre Ferracci à payer une amende d’un million d’euros. Un vrai cadeau pour le richissime homme d’affaires. Une obole pour deux somptueuses maisons édifiée en surplomb de cette plage, ronde et unique, d’où son nom, Rondinara.

    La colère des écologistes ne retombe pas. L’association U Levante fer de lance de la protection du littoral Corse a décidé de faire de ce dossier un symbole de la lutte des défenseurs de l’environnement. L’arrivée des nationalistes au pouvoir lors des dernières élections territoriales, leur succès aux législatives, n’ont finalement pas calmer leurs angoisses.

    Car l’histoire de Bonifacio ( et comme trop souvent en Corse) est marquée par la complaisance faite aux peoples et aux milliardaires en matière d’urbanisme.

    Les écologistes commencent le combat au début des années 2000 avec comme première cible Christine Ockrent. La Reine Christine pensait être « la Reine de Bonif » après avoir mis la main sur une villa attenante au célèbre golf de Sperone.

    Elle fait par la suite l’acquisition d’un terrain sur lequel elle édifie une maison revendue à l’animateur Karl Zero. Premier Jackpot. Mais la maline Christine conserve  une parcelle détachée lors de l’opération. Elle obtient un nouveau permis de  construire. Un nouveau jackpot en vue… Les écolos de l’association ABCDE mènent alors une véritable guérilla judiciaire qui se solde par l’annulation du permis en 2004. Christine a perdu.

    En 2010 c’est le publicitaire Jacques Séguéla qui est bouté hors de « Bonif » et de ses yachts au terme d’une interminable bataille juridique. Ce grand amateur d’aubergines à la bonifacienne ne sera parvenu qu’à creuser un grand trou dans son terrain, un trou destiné à accueillir les fondations de sa mégalomaniaque villa avec vue imprenable sur le détroit. Quelques années auparavant l’acteur Jean Reno avait pointé le bout de son nez en jouant des coudes et de quelques solides amitiés politiques. Le « visiteur » harcelé par les écolos est retourné depuis sur le continent.

    Pour quelques victoires spectaculaires, combien de défaites pour les écologistes face aux vannes largement ouvertes par les municipalités successives bien trop sensibles aux arguments des puissants ?

    Le cas plus exemplaire et celui de l’île de Cavallo sauvagement bétonnée dans les années 80 par des villas construites en violation de toutes les règles d’urbanisme. Le promoteur, la Codil, était alimenté par des fonds venus de la mafia italienne. L’argent déversé a notamment servi à amadouer certains nationalistes clandestins qui s’étaient montrés agacés. Plusieurs attentats avaient animé les nuits insulaires. Plus d’attentats donc à Cavallo, une ile « privatisée » par l’argent. Une île devenue de fait enclave italienne en territoire français. Lilio Lauricella, l’homme clé de l’opération tombe quelques années plus tard sous les balles des tueurs aux Etats-Unis.

    Mais les villas sont toujours là, notamment celle du Prince Emmanuel de Savoie. La situation est depuis en passe d’être « régularisée » au grand dam des écolos insulaires. Point donc de destruction des villas édifiées en toute illégalité.

     

     

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