A quelques jours des élections législatives, Marion Maréchal-Le Pen tirait sa révérence. Elle annonçait son retrait de la vie politique semant la consternation chez les afficionados du FN. Mais qui est-elle vraiment ? Ma rencontre exceptionnelle avec son père biologique, le journaliste et ex- ambassadeur Roger Auque, me permis de mieux cerner la personnalité de cette jeune femme promise à un avenir politique radieux.  Le texte qui suit est nourri d’extraits de mes entretiens avec Roger Auque[1] dont le verbatim complet est retranscrit dans une autobiographie parue en 2015. Vous trouverez également dans ce contenu payant une interview vidéo exclusive de Jean-Marie Le Pen, ainsi qu’une enquête au cœur de la 12ème circonscription de Marignane objet d’un bras de fer entre partisans de Jean-Marie et de Marine. Un duel qui sent la poudre depuis que le père s’est vu interdire l’accès du siège du parti par sa fille par ailleurs empêtrée dans les affaires. La guerre au sein du clan se poursuit.

[1] Au service secret de la République. Roger Auque avec Jean-Michel Verne. Ed Fayard. 2015. 213 p.

 


Marion…

 

J’ai découvert Marion Maréchal-Le Pen par son père biologique qui n’est pas celui qui l’a adopté deux ans après sa naissance et dont elle porte le nom, Samuel Maréchal.

Nous sommes en novembre 2013 Roger Auque est secoué par le révélations du quotidien l’Express. Journaliste, baroudeur, otage au Liban en 1987, Roger est un peu le Play boy de l’info, celui qui fait tourner la tête des femmes en évoquant sa vie de bourlingueur pris au cœur des guerres, du sang et du danger. Et parmi ses faits d’armes, car Roger est un guerrier de l’amour, il y a la conquête éphémère et furtive de Yann Le Pen, sœur de Marine dont tout le monde sait désormais qu’elle aboutira à la naissance quelques mois plus tard de Marion, fruit d’une passion fugace. Et l’Express mis le feu aux poudres en révélant ce secret au grand public.

L’histoire excite les médias pour une seule et unique raison. Marion a été élue député quelques mois auparavant à l’âge de 23 ans. Elle est devenue une personnalité politique. Elle incarne le renouveau du Front National.

La publication le 18 novembre 2013 des « Conquérantes »[1], un livre signé par la journaliste Christine Clerc précipite la décision de l’Express de sortir l’info. Dans cet ouvrage l’auteur qui a interviewé Yann au sujet de sa relation avec sa sœur Marine (qui s’appelle en réalité Marion…)  Révèle que le père biologique de sa fille n’est pas l’homme qui a reconnu Marion deux ans après sa naissance, le mari de Yann, Samuel Maréchal.

Dans ce livre, Roger n’est pas cité. Il est simplement question « d’un journaliste ». Alors le « journaliste » décide de sortir de l’ombre, de raconter à son tour cette incroyable histoire. L’affaire ne découlait pas de soi. Depuis quelques années il s’est placé en retrait du monde médiatique. Grace à ses réseaux, son amitié aussi avec Nicolas Sarkozy rencontré au détour de séances de jogging sur les chemins ombragés de Neuilly il est parvenu à transformer sa vie de bourlingueur en une carrière d’ambassadeur. Destination l’Erythrée où il fit merveille, mais repars au bout de deux ans frappé par un terrible mal, une tumeur qui l’emporte fin 2014. La course contre la montre est donc lancée.

Le voilà décidé à écrire ses mémoires. Pourquoi m’a-t-il choisi ? Je n’en sais rien. Sans doute notre vieille amitié ravivée par la souffrance et l’enjeu. Tout ce qui est relaté ci-dessous par Roger Auque est le fruit de mes longs entretiens avec celui qui fut mon ami.

Et Roger se confie, sans faux semblants : « En fait d’affaire, je dois reconnaître aujourd’hui qu’il ne s’agit que d’une banale histoire d’amour entre un homme et une femme. Une histoire qui débute dans une soirée parisienne parmi d’autres. Un ami m’avait invité à cette sauterie qui s’est déroulée dans une ambiance plutôt familiale. J’ai le souvenir d’une soirée avec beaucoup de monde dans un grand appartement du 9ème arrondissement. Des enfants sont présents ainsi que Jean-Marie Le Pen, que je n’ai jamais croisé auparavant et sa fille Yann. Ce soir-là Jean-Marie Pen est très en forme. Il parle de chanson française. Cet homme est très instruit, il connait Aznavour sur le bout des doigts. L’ambiance est détendue.

Mais alors que Jean-Marie monopolise l’attention, je ne quitte pas Yann des yeux.  J’ai été séduit par cette jeune femme aux grands cheveux blonds. Aux yeux très clairs. Le truc classique, un homme, une femme. Un regard. Nous avons, comme toujours dans ces moments de drague, parlé de tout et de rien, de choses et d’autres, de mes voyages, de politique, de mon métier de journalistes. Les femmes sont souvent séduites par les journalistes car ils racontent des histoires qui sortent de l’ordinaire. Le baroudeur est une arme de séduction massive ».

La suite du récit de Roger Auque raconte une folle soirée d’amour, une rencontre simple entre un homme et une femme. « Nous avons quitté la soirée main dans la main pour nous rendre dans une discothèque branchée proche de la Seine. Mais nous ne nous y sommes pas attardés très longtemps. L’heure n’était plus aux mots, mais à l’appel des sens.  Nous nous sommes embrassés longuement, puis nous sommes partis vers Montretout la résidence des Le Pen nichée dans le quartier huppé de Saint-Cloud (…) C’était un moment un peu en dehors du temps, presque magique (…) C’est hallucinant. J’avais l’impression de me livrer à une sorte de transgression. Je n’osais pas y croire ».

Face à moi Roger n’exprime aucune véritable émotion à l’évocation de se sa relation avec Marion. Mais l’homme est pudique. Nous nous trouvons dans une petite maison de Mareil sur Mauldre dans la jolie campagne des Yvelines. Il fait chaud en cet été 2014, Roger est fatigué par la maladie mais lucide. Il s’attache à retranscrire avec le plus de détails possibles cet épisode somme toute banal : la rencontre entre un homme et une femme. Un instant banal devenu affaire d’état.

Alors Roger reprend le fil du récit : « le matin au petit déjeuner nous nous sommes retrouvés au rez-de-chaussée.  Il y avait là pas mal de monde. On pourrait penser que les Le Pen sont des gens très rigides, plutôt vieille France, mais c’est tout le contraire, l’ambiance était très détendue, plutôt sympa. Comme Le Pen le reconnait lui-même, il s’est toujours totalement désintéressé de l’éducation de ses filles qu’il a déléguée à son épouse de l’époque, Pierrette. La seule chose qui l’importait c’était qu’aucun scandale ne vienne éclabousser la famille. Et des scandales il y en eut un qui l’a marqué : les photos dénudées de Pierrette dans les pages du magazine Lui après son départ tonitruant de Montretout en 1984. Pierrette en soubrette, Le Pen a encaissé. Comme un chef de clan. »

Cette percée au cœur de l’intimité de la famille Le Pen mise à jour par un témoin privilégié placé en situation de vérité et de totale confiance avec son interlocuteur nous permet de jauger la parfaite véracité de ses propos. Un homme qui sait qu’il va mourir n’est pas en état de mentir, d’où la formidable portée de ce témoignage qui témoigne de l’ambiance de Montretout à l’époque. « L’heure est à la fraternité familiale. Marie-Caroline l’enfant maudite n’a pas encore claqué la porte après avoir choisi le camp de son « félon » de mari, Philippe Ollivier, un proche de Bruno Mégret, décrété « ennemi de l’intérieur », des histoires qui ne m’intéressent guère. Je suis resté deux ou trois jours sur place  (…). Puis je ne l’ai plus revue durant plusieurs mois. Pour moi cette histoire était terminée, j’avais passé mieux qu’un bon moment. Un point c’est tout. »

Roger n’apprendra la naissance de Marion que 10 mois plus tard. C’est un terrible choc : « j’avoue que suis resté pantois, presque désarmé. J’étais déjà le père de mes deux enfants. Cela me causait un énorme problème. J’ai aussi compris que les Le Pen ne souhaitaient pas que je reconnaisse l’enfant. Il me fallait demeurer à l’écart. Yann m’a expliqué qu’elle voulait absolument un bébé. Pas question pour elle d’avorter. Je restais donc dans le décor tant que je ne gênais pas, jusqu’au jour ou Yann s’est mariée avec Samuel Maréchal. A partir de cette date, soit deux ans plus tard, je n’ai plus vu ma fille. Le nouvel arrivant a accepté de reconnaître l’enfant. J’étais de fait exclu de la famille, car devenu encombrant.

Je peux révéler aujourd’hui que Jean-Marie Le Pen exprimait de la sympathie pour moi. Je crois qu’il aurait souhaité que je demeure auprès de Yann. Mais la famille en a décidé autrement. A l’époque Yann travaillait au FN. Durant les deux premières années je me suis rendu fréquemment à Montretout, cette haute bâtisse de brique rouge que le photographe Raymond Depardon a comparé à la maison du film à suspense « Psychose ». Le bureau de Le Pen se trouvait au premier étage rempli de livres et de maquettes de bateaux. On y remarque la longue vue avec laquelle le patriarche lorgne sur la tour Eiffel ».

Roger Sourit quand il évoque en 2014 dans le salon de la maison de Mareil sur Mauldre le souvenir de ces incroyables discussions avec Jean-Marie qui dans le privé se montre d’une parfaite courtoisie et d’une correction exemplaire. Pas grand à voir avec le leader politique vociférant sur les estrades. Comme dans un voyage dans le temps l’ex-journaliste passe d’un salon à l’autre, se transporte dans ses souvenirs : « nous nous asseyions dans de grands fauteuils confortables.  Je n’ai jamais compris pourquoi, il se mettait subitement à parler en allemand. Il se lançait dans de longues tirades dans la langue de Goethe, comme çà, juste pour rire, sûr de son effet. C’est étonnant. Ce qui me choquait en revanche, c’était son éternel discours sur l’immigration qui revenait inexorablement sur le tapis. Personnellement je ne suis pas hostile à l’immigration. Je ne pense pas que le problème vienne des étrangers. Je considère que les gens d’origine immigrée sont tous des français. En ce qui le concerne, on sent que cela lui pose un réel problème. Alors la discussion s’envenimait. Je le tutoyais et n’hésitais pas à lui couper la parole : « tu racontes n’importe quoi ». Je me souviens qu’il me répète tout le temps : « Ces gens-là nous emmerdent ». Il tenait des propos trop extrémistes. J’avoue que je n’adhère pas du tout à ses idées. J’en étais même gêné. »

Restait à décrire la séquence la plus forte de ce petit voyage familial au sein du FN : les retrouvailles avec Marion : « le plus grand moment que j’ai vécu à Montretout remonte à 2002. Nous sommes alors entre les deux tours de la campagne présidentielle. Une meute de journalistes s’est rassemblée au rez-de-chaussée. Je me souviens de la présence du cinéaste Serge Moatti qui est un habitué de la maison Le Pen. Ils sont très proches. Je les vois en train de discourir, assis dans les gros fauteuils du salon. Yann qui m’a demandé de venir sur place s’approche discrètement de moi.  Voilà maintenant 10 ans que je n’ai plus de contacts avec Marion. Yann me prend le bras. Elle me demande à voix basse de monter dans les étages et de rejoindre ma fille, ce que j’accepte. Aucun des journalistes présents, focalisés sur la campagne électorale et la personne de Jean-Marie Le Pen ne se doute de ce qui se joue ce jour-là à Montretout. C’est vraiment un instant bouleversant. J’ai gravi lentement les quelques marches qui mènent au premier étage. Et puis, soudain, j’ai vu descendre Marion avec ses longs cheveux blonds. Elle avait beaucoup changé. J’ai senti qu’elle était très émue, très intimidée. Moi aussi. Ce furent les retrouvailles d’un père et de sa fille. »

Mais tout cela n’est pas qu’une histoire touchante, car va naître une étrange relation dans laquelle le « vrai » père de Marion retrouve son rôle, notamment celui d’apporter quelques clefs à sa fille, des clefs  destinées à lui ouvrir les portes de la vie. Il y a beaucoup de ressemblances – et pas seulement physiques – en Roger et sa fille. Cet homme de réseaux lui a transmis à n’en pas douter cette terrible volonté de réussir, une pugnacité incroyable et un grand calme face aux épreuves. Nous dirons aussi, une forme d’habileté. La maitrise du discours de Marion annonçant son départ de la vie politique à quelques encablures des élections, n’est pas sans rappeler le calme de celui qui passa près d’un an dans les geôles du Hezbollah au Liban. Des mois à voir chaque matin ses geôliers mettre en scène son exécution par un claquement de culasse de Kalachnicov. 27 ans plus tard, leurs rires gras résonnaient encore…

Face à cette jeune fille qui avance dans le monde, Roger s’apprête à transmettre quelque chose de lui-même : «  Nous n’avons jamais cessé de nous voir, en général une fois par mois et toujours dans un restaurant chic de Paris, souvent proche du parc Montsouris. Vis-à-vis d’elle je me suis d’avantage vécu comme un parrain que comme un père. D’ailleurs Marion ne m’appelle pas « papa », mais Roger. A plusieurs reprises j’ai organisé des déjeuners avec mon fils Vladimir et ma fille Carla. J’aime bien rassembler mes enfants. Mon fils s’entend très bien avec Marion. Ils se rencontrent fréquemment tous les deux.  Avec Carla, c’est différent, les relations sont plus compliquées. Plus tendues. »

Mais retour au clan Le Pen. Roger se livre à une étrange distribution des rôles : « je dois insister ici sur le rôle de Marine. Durant les deux premières années, la plus jeune des trois sœurs a fait office de père de Marion en prenant en charge l’accouchement de sa sœur. C’est encore Marine qui insista pour que je revoie Marion après le divorce de Yann avec Samuel Maréchal. C’est tout à son honneur.

D’un point de vue politique je ne pensais pas que Marine serait l’héritière. Je considérais que Yann, si féminine et modérée dans ses propos, était la mieux placée pour prendre la succession. J’avais beaucoup d’estime pour elle. »

 

Et Marion, comment dessiner, esquisser, les prémices de cette incroyable carrière politique ? Roger nous livre un scoop : « j’ai joué un rôle de conseiller dans sa vie. Elle m’écoutait beaucoup. Je peux affirmer que je suis à l’origine de son lancement dans la politique. Elle m’avait questionné sur son avenir comme toutes les gamines consultent leur père dans une période charnière de leur existence. Elle était fascinée par ma carrière journalistique, elle voulait elle aussi se lancer dans la profession. Mais elle a été barrée dans plusieurs écoles de journalisme car elle s’appelle Le Pen. Ce fut pareil pour le barreau. Alors je l’ai poussé à se lancer dans la politique et la députation. Ma fille a de grandes qualités pour cela. Je dois dire qu’à l’origine elle n’était pas du tout d’extrême-droite, mais je la sens vraiment faite pour la politique. C’est une battante. Jusqu’au bout, Marion et moi avons entretenu une relation forte. Je m’en rendais vraiment compte, sachant que mes jours étaient comptés. Je regrette de n’avoir pu d’avantage m’occuper d’elle. »

Arrivé au bout de son récit, Roger me confiera, avec une infinie pudeur qu’il tirait une réelle fierté de l’incroyable parcours politique de cette jolie femme aux cheveux blonds présente en septembre 2014 lors de ses obsèques dans l’église de Saint-Germain des Prés. Ce matin-là des applaudissements ont résonné quand le convoi funèbre a pris la direction du Père Lachaise, le cimetière des artistes.

Car Roger, à sa façon, était un artiste.

[1] Christine Clerc. « Les conquérantes ». « Douze femmes à l’assaut du pouvoir ». Nil. 2013.384 p.


Interview Exclusive… Jean Marie Le Pen


La leçon de Marignane

Les 11 millions de voix FN aux présidentielles laissaient présager des lendemains qui chantent. Parmi les supposées places fortes, Marignane, fief historique de Jean-Marie Le Pen, qui fit campagne contre le candidat investi par le parti.
La nuit des longs couteaux s’est achevée au soir du premier tour de l’élection législative dans la 12ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Le parti avait tout pour gagner. C’est en réalité en vrai perdant, que Jean-Lin Lacapelle, l’une des figures de proue du FN nouveau a bouclé ses valises et quitté Marignane comme il y était venu, en étranger. Il incarnait pourtant le nouveau visage voulu par le Front, dynamique, novateur, efficace. Ce fut une déculottée….
Un petit tour et puis s’en va donc pour l’ancien de l’Oréal, vice-président du groupe FN au Conseil régional d’ile de France, parachuté dans une circonscription pourtant formatée pour le Front qui en fit son fief au soir des municipales de 1995. A quelques kilomètres de là, à Vitrolles un certain Bruno Mégret jouait lui aussi les conquérants. C’était au temps où le FN gagnait. On connait la suite.

Alors plus de vingt plus tard, surfant sur la vague Marine, Jean-Lin Lacapelle pensait que la tâche serait aisée. Marine Le Pen étant arrivée en tête avec 37% des voix au premier tour, 62% au second, le ciel de Marignane semblait dégagé. Lourde erreur d’appréciation, notamment les effets dévastateurs de la vague REM, des effets fort mal évalués par les éminences grises du mouvement. Mais le contexte n’est pas seul en cause.
Ce diable de Jean-Marie le Pen s’est décidé à brouiller ici les cartes comme il le fera dans 150 autres circonscriptions en se « pacsant » avec plusieurs mouvements situés très à droite du FN comme Civitas, le Siel (ex-mouvement du souverainiste Paul-Marie Coûteaux), ou le Parti de la France de Carl Lang. Cette alliance a permis de présenter un candidat dissident partout où cela fut possible. De quoi fragiliser un FN empêtré dans les atermoiements du second tour de la campagne des présidentielles. On vit une Marine hésitante, laminée dans le débat avec Macron. La défaite s’annonçait. Elle est arrivée.
Paradoxe ou non, à Marignane, c’est un gaulliste, Jacques Clostermann qui portera les couleurs de la dissidence. Cette intronisation ne doit rien au hasard, tant il y eut de proximité entre le père de Jacques, Pierre Clostermann, héros de la deuxième guerre mondiale et le fondateur du Front. Les deux hommes se sont appréciés il y a bien longtemps au cœur de la guerre d’Algérie. Et désormais Jean-Marie est très proche de son fils Jacques, un pilote lui aussi, ancien commandant de bord d’Air France.

La campagne de Marignane ressemble à une opération militaire méticuleusement préparée. Une attaque qui a porté ses fruits : récoltant 4,80% des voix Jacques Clostermann savait qu’il ne serait pas élu, mais l’homme de Saint-Victoret est parvenu à bouter l’intrus hors de la terre de Provence. C’est pour lui un soulagement. Confortablement installé dans la propriété d’un couple d’ami il savoure devant un verre de rosé les résultats de l’opération. Une campagne difficile. Il y eut, dit-il, intimidations, parfois menaces.
« Je savais que je ne pouvais pas gagner, ma mission était de faire perdre Lacapelle. La mission fut remplie, je ne pouvais supporter qu’un parachuté vienne faire la loi chez nous » explique celui qui ne regagnera pas de sitôt les berges du Front. « Mon aventure a commencé voici cinq ans quand Gilbert Collard m’a aspiré vers le rassemblement Bleu marine. Il voulait attirer vers lui des gaullistes, ce que je suis. Je dois reconnaître que je partage certaines valeurs avec le front, notamment sur l’Europe ou l’Atlantisme. Nous avons eu un repas à Montretout en présence de Jean-Marie, Marine, Louis Alliot et Gilbert Collard ». Le Rassemblement bleu marine (RBM) était né.
Mais la lune de miel n’aura guère duré. Jacques Clostermann dénonce un « climat malsain » au sein du FN. Un parti nettement marqué par la guerre des chefs et une insupportable lutte de pouvoirs. Alors le délégué national du RBM a pris ses distances avec le staff parisien tout en se rapprochant un peu plus de Jean-Marie Le Pen.
Etrange mariage entre le plus célèbre des antigaullistes avec un fidèle d’entre les fidèles du Général. La « dédiabolisation » dénoncée par Jean-Marie Le Pen aura in fine tellement divisé, que les ralliés des dernières heures heures comme Jacques Clostermann ont pris leurs distances, créant de fait un mouvement de reflux. Les anciens qui ne s’y retrouvent pas, les nouveaux qui s’interrogent, tout semble foutre le camp au FN.

Jacques Clostermann, s’insurge surtout des dérives supposées du parti qui ne placent pas Marine en situation favorable pour l’avenir. Jean-Marie n’hésite pas à confier en aparté son pessimisme quant au devenir du Front National et à l’avenir politique de sa fille. L’affaire du parlement européen et le sulfureux dossier des kits de campagne, autant de boulets accrochés aux pieds de l’héritière de Montretout. Et ces boulets ne seraient pas étrangers au diplomatique retrait de Marion Maréchal le Pen…

 

[1] Au service secret de la République. Roger Auque avec Jean-Michel Verne. Ed Fayard. 2015. 213 p.

[2] Christine Clerc. « Les conquérantes ». « Douze femmes à l’assaut du pouvoir ». Nil. 2013.384 p.

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